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EN CONVERSATION AVEC HONEYDRIP

Avant sa première mondiale au festival MUTEK, v i b r a t i o n, la nouvelle performance de Honeydrip, a été développée et affinée pendant sept jours de résidence dans nos studios. Cette période de recherche et d’expérimentation lui a permis de tester différentes approches et de faire évoluer le projet dans le cadre du programme d’expérimentation créative de Moment Factory. 

Aux côtés de ses collaborateurs Yasmeen Hitti et Salim Lounis, et avec le soutien d’une équipe d’experts en technologies créatives, Honeydrip a expérimenté avec des capteurs, des microphones de contact, des caméras et des systèmes audiovisuels sur mesure, multipliant les tests et les ajustements pour explorer comment transformer son corps en une installation sonore vivante.

À l’approche de sa performance, nous avons rencontré la productrice, DJ et conceptrice de systèmes de son montréalaise pour parler de basses fréquences, d’incarnation, de la vision créative derrière v i b r a t i o n et du processus qui lui a donné vie. Voici ce qu’elle avait à nous raconter.

Dans v i b r a t i o n, tu explores l’idée d’incarner le son de la basse . Qu’est-ce que cela signifie pour toi ?

Ce n’est un secret pour personne : je suis obsédée par la basse. Au-delà de sa dimension sonore, je suis fascinée par la possibilité d’incarner le son lui-même. Cette obsession m’a amenée à chercher de nouvelles façons d’interagir avec les fréquences subsoniques, une démarche qui a coïncidé avec le début de ma pratique vocale.

J’ai commencé à réfléchir aux similitudes entre les vibrations que nous ressentons dans notre corps lorsque nous parlons ou chantons et la résonance qui existe à l’intérieur d’une enceinte acoustique. Cette connexion m’a amenée à imaginer mon corps comme une enceinte. Je voulais que la résonance de ma cavité vocale soit ressentie non seulement comme une vibration à l’intérieur de moi, mais aussi comme quelque chose que le public puisse physiquement ressentir.

Avec cette performance, j’explore jusqu’où peut aller l’incarnation lorsqu’on « devient véritablement la basse ».

Dans cette performance ton corps est à la fois la source et l’instrument qui manipule le son. Comment vis-tu cette double fonction ?

Le fait de concevoir et de construire des systèmes de son a profondément influencé ma façon de percevoir la musique. Dans cette performance, j’utilise ma voix pour générer le son et mes mains pour le manipuler. En m’imaginant comme un système de son, je pense aux mouvements de mes mains comme à l’égaliseur d’un rack, qui façonne et sculpte les fréquences en temps réel. Plutôt que d’ajuster les boutons d’un équipement, j’utilise mon propre corps pour effectuer ces changements. J’ai vraiment aimé explorer différentes façons d’incarner cette approche et trouver des gestes physiques qui semblent directement liés aux transformations sonores vécues par le public.

Comment l’idée de v i b r a t i o n est-elle née?

L’une de mes parties préférées du processus créatif est la phase d’incubation, où chaque idée, aussi folle soit-elle, semble possible et où l’on s’autorise à rêver sans limites. Je souhaitais collaborer avec Yasmeen Hitti depuis longtemps, et je savais aussi que je voulais soumettre à nouveau un projet à MUTEK, avec un spectacle encore plus ambitieux que le précédent. Elle m’a immédiatement semblé être la bonne personne avec qui explorer ces idées. Yasmeen m’a poussée à aller au-delà de certaines de mes premières propositions et, lorsqu’elle a intégré Salim Lounis au projet, le concept a véritablement commencé à prendre forme.

La basse a toujours été une constante dans ma musique. C’est probablement le mot qui définit le mieux mon univers musical, alors il m’a semblé naturel d’en faire le centre thématique de la performance. Collaborer avec des artistes numériques qui maîtrisent aussi profondément le codage et TouchDesigner a permis au projet d’atteindre un autre niveau, en faisant des visuels et de la technologie une extension des idées que j’explore à travers le son et le corps.

En tant que DJ et productrice, tu explores des univers comme le dub, le reggae et le jungle — des genres où les basses occupent une place centrale. Qu’est-ce qui rend les basses si fascinantes à tes yeux?

Les basses sont les seules fréquences que nous n’entendons pas seulement, mais que nous ressentons aussi physiquement. Elles ont cette capacité incroyable de nous ramener dans notre corps et de créer des expériences collectives par la vibration. Il y a quelque chose de profondément puissant dans le fait de partager physiquement les mêmes fréquences avec une salle entière.

Je suis aussi attirée par ces genres parce qu’ils sont porteurs d’histoires de résistance, de communautés et d’innovation culturelle. La musique est devenue un espace d’expression spirituelle, de conscience politique et de rassemblement collectif. La culture dub, en particulier, est profondément ancrée dans l’expérimentation. Le fait d’utiliser le studio, le système de son et la technologie comme des instruments à part entière a toujours trouvé un écho chez moi.

Travailler avec ces sonorités m’a donné le sentiment d’être connectée à quelque chose de beaucoup plus grand que moi. Je vois v i b r a t i o n comme un prolongement naturel de mon lien avec la Culture Soundsystem. Le projet puise non seulement dans les sonorités du dub, mais aussi dans son esprit d’expérimentation.

Qu’est-ce que ton équipe et toi souhaitiez explorer pendant la résidence, et qu’est-ce qui a émergé en cours de route? La résidence a-t-elle ouvert des pistes inattendues?

Quand nous avons commencé la résidence, nous avions déjà une vision conceptuelle assez précise. Nous pouvions imaginer la scénographie, le costume et, dans l’ensemble, la façon dont les différents éléments allaient s’articuler. Mais sans l’espace ni les ressources nécessaires pour les construire et les tester concrètement, il était difficile de savoir ce qui était techniquement possible. La résidence nous a donné l’occasion de commencer à répondre à ces questions. Voir nos idées prendre une forme physique a été extrêmement précieux, et travailler aux côtés de l’équipe de Moment Factory nous a aidés à simplifier ce qui est, au final, une performance assez complexe sur le plan technique. L’expertise de leur équipe nous a permis de peaufiner le dispositif tout en restant fidèles à la vision initiale.

Qu’est-ce que ton équipe et toi cherchiez à comprendre ou à tester lors de votre résidence à Moment Factory? Qu’est-ce qui a émergé au fil du processus? Est-ce que la résidence a fait émerger des possibilités que tu n’avais pas envisagées au départ?

Quand nous avons commencé la résidence, nous avions déjà une vision conceptuelle assez précise. Nous pouvions imaginer la scénographie, le costume et, dans l’ensemble, la façon dont les différents éléments allaient s’articuler. Mais sans l’espace ni les ressources nécessaires pour les construire et les tester concrètement, il était difficile de savoir ce qui était techniquement possible. La résidence nous a donné l’occasion de commencer à répondre à ces questions. Voir nos idées prendre une forme physique a été extrêmement précieux, et travailler aux côtés de l’équipe de Moment Factory nous a aidés à simplifier ce qui est, au final, une performance assez complexe sur le plan technique. L’expertise de leur équipe nous a permis de peaufiner le dispositif tout en restant fidèles à la vision initiale.

🐝 Retrouvez Honeydrip sur scène le 28 août à l’Espace SAT pour v i b r a t i o n, présenté dans le cadre du festival MUTEK. Pour les billets et plus d'info 👉 c’est par ici!

Voici une sélection de projets qui illustrent ce que nous pouvons créer ensemble.

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